Peut-on changer ses minhaguim (coutumes)?

25.02.19

Question

Vous étudiez dans une yéchiva, vos parents ne sont pas religieux  et vous ne ressentez aucun lien avec les coutumes de vos grands-parents. Par contre, vous vous sentez très proche de votre Roch yéchiva et vous avez envie de lui ressembler, aussi vous aimeriez adopter ses coutumes bien qu'elles soient complètement différentes de celles de vos ancêtres, alors avez- vous  le droit de   changer de minhaguim?

Answer

Pour répondre à cette question, nous allons ramener une guémara qui se trouve dans massékhet shabbat 130 a. On y ramène la discussion entre les h'akhamim et rabbi Eliézer sur la permission de faire la brit mila pendant shabbat. H'akhamim pensent que l'on a le droit de transgresser le shabbat seulement pour les choses que l'on ne pouvait faire avant. C'est-à-dire, que par exemple il sera interdit d'amener le couteau pour la mila ou de le fabriquer puisque c'était possible la veille. Cependant, seront autorisés les soins d'après la mila car on ne pouvait les faire avant. Rabbi Eliézer, à l'opposé, juge que l'autorisation de la mila est intégrale, ce qui tient à dire que même couper du bois pour obtenir du charbon afin de former une lame pour le couteau est permis. La guémara conclue que les habitants de la région de Rabbi Eliézer faisaient comme l'opinion.

On voit donc apparemment que l'on peut changer ses habitudes et adopter celles de son Rav. De plus, il est connu que celui qui enseigne à un élève est considéré comme s'il l'avait enfanté (Rambam, talmoud tora chap.1, 2).  Bien qu'il existe une obligation de suivre les habitudes religieuses de ses parents, comme il est dit "et tu n'abandonneras pas la tora de ta mère" (Michlé 1,8), le rav devient donc le père de son élève et c'est sur lui que s'applique le verset cité plus haut. De ce fait, le H'azon Ich pense qu'il est donc permis de changer ses coutumes au profit de celles de son Rav (ramené dans Daat Noté p.34).
A cela, il y a lieu d'objecter plusieurs points:
  1. Cela ne concerne dans la guémra que l'opinion personnelle du rav sur une position qu'il a pris et non pas sur l'ensemble de ses coutumes.
  2. De plus, une personne qui a plusieurs rabbanims, comme ce qu'il se passe dans une yéchiva, où l'on change de rav chaque année, qui sera appelé celui qui a enfanté cet élève? Il semblera donc que cette guémara ne concerne que celui qui a un rav mouvhak qui lui a enseigné la majorité de ses connaissances. Aussi, le Rama yoré dea simane 242, 30 ramène que le rav movhak est celui qu'il lui a enseigné la halakha et non pas le pilpoul.
  3. Enfin, il est fort possible que la discussion entre les h'akhamim et rabbi Eliézer existait également dans les différentes régions et que les gens de la ville de Rabbi Eliézer ont toujours eut l'habitude de suivre leur rav et il n'y a donc aucune preuve que l'on peut changer ses minhaguim.
De plus, si les parents de cette personne tiennent rigueur à leur fils sur le fait qu'il a abandonné leurs habitudes, cet enfant vient à enfreindre le devoir de respecter ses parents qui est un commandement de la tora. Il est certain que l'envie de suivre son rav ne peut dispenser un ordre de la tora.
A cause de toutes ces  raisons le rav Abba Chaoul ne permet pas de changer de minhaguim. De même, le rav Ovadia Yossef ramené par son fils dans le Ein Ytsh'ak tome 1, p.221 ne permet pas non plus. Il est à noté que le Or Letsion permet de faire la prière autrement que la coutume de ses parents si l'on a été habitué autrement car chacune des formulations de chaque minhag a une origine certifiée. Il convient de citer à ce sujet le michna broura 68,4: dans les cieux, sont ouvertes 12 portes afin de recevoir l'ensemble des prières de chacune des tribus des Bné Israel, qui correspondent aux différents minhaguim de l'ensemble du peuple.

Cependant, il existe une personne qui a le droit de choisir ses coutumes et ce, d'après tous les avis. C'est le converti,  qui a le droit de choisir sa façon de se conduire par rapport à la prononciation de ses prières, ainsi que de suivre au choix, la halakha selon les ashkénazes, séfarades ou h'assides.

En conclusion, il ne convient pas de changer les minhaguim de ses ancêtres, même au profit de ceux de son rav. Si les parents montrent leur désaccord sur cette attitude, ce sera même quasiment interdit d'après la tora comme nous l'avons prouvé plus haut. Sinon, si ce changement ne les dérange pas, alors celui qui veut changer aura sur qui s'appuyer. Malgré cela, d'après tout le monde, il n'y a aucune obligation de suivre les habitudes de son rav, lorsqu'on doit pour cela quitter celles de ses aïeux et c'est l'attitude qu'il convient d'adopter pour ne pas se mettre en désaccord avec l'opinion du Rav Ovadia Yossef et du Or Letsion.

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