Faire monter à la Torah une personne qui ne sait pas lire.

28.07.19

Question

Question : Chalom, j'habite en Province et ils se trouvent dans notre synagogue des gens qui ne savent pas lire l'hébreu. Aussi, quand on les faits monter à la Torah, ils ne savent pas suivre et ils écoutent sans rien dire. Je voulais savoir si on a le droit de les faire monter et est-ce qu'on ne cause pas ainsi, qu'ils viennent à prononcer la bérakha de la Torah en vain. Merci, Rav, de me répondre !
 

Answer

Réponse : Chalom ouvrakha, votre question est très juste et il convient de voir ensemble, béézrat Achem, ce que dit la halakha concernant votre question.

Il faut savoir que le Choulh'an Aroukh (Orah' H'aïm, 139, 2) et le Rama (séif 3) sont en désaccord sur cette question. Le Choulh'an Aroukh pense qu'on ne peut faire monter quelqu'un qui ne sait pas lire. Si on doit absolument le faire monter, comme par exemple, s'il est le seul Cohen, on ne le fera monter que s'il sait répéter après le H'azan. Le Rama pense qu'on peut le faire monter. Il s'appuie sur le Maharil qui pense que de toute façon, c'est le h'azan qui lit et donc en écoutant, c'est comme si qu'il lisait, "chomé'a ké'oné", principe qu'on utilise pour les bénédictions comme le kidouch, le motsi ou la brakha du choffar et de la Méguila. Dans tous ces cas, seul le h'azan prononce la bérakha et l'assistance est acquittée et répond Amen. (S'ils ne répondent pas Amen, cela suffit de penser d'être acquitté-Choulh'an Aroukh, 213, 2). Cette controverse est basée sur celle des Richonim. Le Agouda et le Séfer Aéchkol pense qu'on peut appliquer le principe de "chomé'a ké'oné" (celui qui écoute est considéré comme s'il lisait) aussi dans celui qui monte à la Torah et entend du h'azan, la section de la paracha où il est monté. Les Guéonim et le Roch pensent qu'on doit absolument lire à la Torah, quand on monte au séfer torah. Ils rapportent une Tosséfta que si dans une synagogue, seulement une personne sait lire, on ne  pourra le faire monter au séfer qu'à lui. On procédera ainsi, il dira la 1ère bérakha, il lira, ensuite il s'assoit, puis il remonte, lit et repart s'assoir. Il fera 7 fois, comme cela, c'est à dire que c'est lui qui montera aux 7 alyot (montées au séfer Torah). Le Choulh'an Aroukh (143, 5) écrit cela pour la halakha, à la seule différence qu'il fera à chaque fois la bérakha d'avant la 'alya et celle d'après 7 fois, comme le fait le Cohen quand il n'y a pas de Lévy. Cette différence est à cause du fait qu'aujourd'hui, chaque personne qui monte, récite les bérakhot de la Torah avant et après. Tandis qu'au temps du Talmud, le Cohen prononçait la bérakha d'avant, puis on ne formulait plus de bérakha jusqu'à la dernière montée, où on disait celle d'après. Donc si c'est toujours la même personne qui monte et qu'il ne fait que lire le séfer, on ne pourra pas discerner les différentes alyot, ce qui n'est pas le cas à notre époque où les bérakhot découpent bien chaque 'alya.

Le Ya'abets explique pourquoi est-ce qu'on n'applique pas le principe de "Chomé'a ké'oné" dans notre cas. Il écrit que les h'akhamim ont institué de prononcer les bérakhot sur le séfer qu'à celui qui monte. En effet, on peut se poser la question, en quoi est-il différent du reste de l'assemblée qui ne dit aucune bérakha. Il répond parce que les H'akhamim n'ont fixé ces bérakhot que pour celui qui lit le séfer torah en public. Or, si le h'azan lit la 'alya, et que celui qui est monté ne dit rien en s'appuyant sur la règle de "chomé'a ké'oné", il n'y a plus de différence entre lui et les autres.
Il faut savoir qu'il découle de cette discussion, un autre cas. C'est est-ce qu'un non-voyant peut monter à la Torah ? Le Rama (139, 3) rapporte le Maharil qui permet. Il rajoute que ceci est permis également pour les ignorants qui ne peuvent lire. Les deux questions sont bien liées, puisqu'il est possible selon le Rama d'utiliser la règle de "chomé'a ké'oné", on peut donc faire monter une personne qui ne peut pas lire. Que cela soit par ignorance ou parce qu'il a perdu la vue. Évidemment, pour le Choulh'an Aroukh, on ne fera pas monter ces personnes car ils risqueraient de dire une bérakha en vain (Choulh'an Aroukh, 143, 2).
Aussi, les décisionnaires contemporains ont statué sur ce problème. Le Michna Béroura (139, 13) écrit de tout de même ne pas les faire monter pour la Haftara de chabbat zakhor et de chabbat Para qui sont d'après la Tora selon certains avis.
Les décisionnaires séfarades (Kaf Ah'aïm, Halakha Béroura, 139, 2,) suivent le Choulh'an Aroukh de ne pas faire monter ni ignorant, nii le non-voyant. Cependant, ils témoignent pour la plupart que la coutume est de faire monter un aveugle comme le Rama. Seulement, il est recommandé de rajouter une autre personne qui sait lire au nombre des olim habituels ou de les faire monter en tant que mossifim (passage répété). C'est-à-dire qu'on fera monter à la Torah 9 'olim (le maftir inclue) à la place de 8. Si cela est possible, et que cela ne froisse pas celui qui est monté, on relira le passage que cette personne était sensée lire.

En conclusion, vous pouvez faire monter des gens qui ne savent pas lire. Cependant, il est conseillé ensuite de faire monter une autre personne qui lira avec le h'azan en plus du nombre de 'olim habituels. Dans tous les cas, il est bon que le h'azan rappelle aux gens qui montent de lire en même temps que lui à voix basse.
Béatslah'a !
 

Comments