Béhouqotai. L’acharnement – la clé de la réussite

« Si vous marchez selon Mes lois, si vous gardez Mes préceptes et les exécutez, Je donnerai les pluies en leur saison… » (Vayiqra 26,3)

« “Si vous marchez selon Mes lois“ – se pourrait-il que ces mots fassent référence au respect des mitsvot ? Non, car il est dit ensuite : “Si vous gardez Mes préceptes“ – ce qui se rapporte au respect des mitsvot. Alors que signifie : “Si vous marchez selon Mes lois“ ? A condition que vous étudiiez la Tora avec acharnement. » (Rachi)

 

L’attachement que l’on éprouve pour une chose, soutient rav Eliyahou Dessler (Mikhtav MéEliyahou tome III p.13), est fonction des efforts que l’on y a investis. Plus ceux-ci sont importants, plus les sentiments seront intenses. Lorsqu’un homme plante un arbre et se donne beaucoup de peine pour le faire pousser, il s’y attache au point de ressentir de l’amour à son égard. Ce phénomène est dû au fait qu’en s’impliquant personnellement pour son arbre, cet homme y voit une part de lui-même – une part de son « moi » – et c’est pourquoi il y est tant attaché. De ce fait, il ne lésinera sur aucun effort pour que son arbre se développe et paraisse beau. Nos Sages évoquent explicitement ce principe : « Un homme préfère posséder un seul kav produit par son travail, que neuf kavim produits par son ami » (Baba Métsi’a 38b). Rachi explique : « Ce seul kav est plus cher à ses yeux, car il a peiné pour lui. » Nous voyons donc clairement qu’une étroite relation est établie entre les efforts engagés et l’attachement éprouvé en conséquence.Si les choses se passent ainsi dans le domaine matériel, à plus forte raison le sont-elles dans la sphère spirituelle. Plus un homme fournit des efforts pour atteindre une haute stature morale, plus il s’y attache et s’identifie à elle profondément. Le Talmud enseigne : « Rava dit : Au début, la Tora est appelée au nom du Saint béni soit-Il, et à la fin, elle est appelée au nom de celui qui l’a étudiée, comme il est écrit : “Il trouve son plaisir dans la Tora de l’Eternel, il médite sa Tora jour et nuit“ (Téhilim 1) » (‘Avoda Zara 19). Rachi précise : « Elle est appelée au nom de cet élève qui s’est échiné à l’étudier. » Les Sages nous révèlent ici que, lorsqu’un homme s’adonne à l’étude avec acharnement, s’y consacrant jour et nuit, la Tora devient sienne et occupe désormais toute son existence.

Concernant les bénédictions par lesquelles débute notre paracha, Rachi écrit : « “Si vous marchez selon Mes lois“ – c’est-à-dire : si vous étudiez la Tora avec acharnement. » Toutes les bénédictions qui suivent dépendent donc de l’étude de la Tora. Or, acquérir la Tora ne se fait que par acharnement. S’agissant des malédictions, Rachi poursuit dans le même esprit : « “Mais si vous ne M’écoutez pas“ – c’est-à-dire : si vous n’étudiez pas avec acharnement. » Et comme il l’indique par la suite (sur le verset 26,15), ce seul manquement entraîne à sa suite un déclin spirituel, et au terme de sept étapes qui s’enchaînent, l’homme atteint le plus profond abîme spirituel. Car l’absence d’acharnement dans l’étude affaiblit l’attachement de l’individu à la Tora, et lorsque celle-ci l’aura définitivement quitté, se produiront alors toutes les malédictions énoncées dans le reste de la paracha, que D.ieu nous en préserve.

Le Second Temple fut détruit, car en ce temps-là, les hommes ne prononçaient pas de bénédiction avant de commencer leur étude. Nos Sages le déduisent du verset suivant : « Pourquoi ce pays a-t-il été dévasté ? […] C’est parce qu’ils ont abandonné Ma Tora, parce qu’ils n’ont pas obéi à Mes ordres… » (Irmiya 9). Le Taz développe cette idée ainsi : « La Tora se retira de cette génération parce qu’elle lui était infidèle, car la Tora ne se maintient que chez les personnes qui se sacrifient pour elles (Bérakhot 63) – c’est-à-dire celles qui s’adonnent à des débats et des discussions sur ses enseignements. Il est dit en ce sens : “Si vous marchez selon Mes lois“ – c’est-à-dire : si vous étudiez la Tora avec acharnement. En revanche, ceux qui l’étudient paisiblement, sans fournir d’efforts pour la comprendre, ne méritent pas qu’elle se maintienne en eux […] Voilà pourquoi les hommes de cette génération refusaient de prononcer une bénédiction avant l’étude, car celle-ci renferme les mots suivants : “…Qui nous a ordonné de nous absorber dans l’étude de la Tora“ – c’est-à-dire en nous donnant de la peine » (sur le Choul’han ‘Aroukh Ora’h ‘Hayim chap.47,1).

Notre travail consiste donc à nous échiner dans l’étude de la Tora, en peinant et en multipliant les efforts, afin de nous attacher à elle et qu’elle devienne une part de nous-mêmes.L’ensemble des mitsvot suivent elles aussi le même processus : c’est par le biais de l’acharnement que nous en acquerrons les dimensions spirituelles. Nos Sages disent en ce sens : « Une action réalisée avec peine est supérieure à cent actions accomplies sans peine. » Ils précisent en outre que ceci s’applique à toute difficulté rencontrée, car dans le Ciel, on tient compte même du désagrément le plus infime. Le Talmud enseigne à cet égard : « Qu’est-ce qu’on définit comme un désagrément ? Même le fait de plonger la main dans la poche dans l’intention d’en sortir trois pièces, et de n’en retirer que deux ! » (‘Erkhin 16). Par conséquent, si une mitsva a été réalisée avec une difficulté minime, sa récompense est déjà cent fois supérieure à celle effectuée aisément. Et si une seconde contrariété s’ajoute à la première, la rétribution sera à nouveau multipliée par cent, car ce principe s’applique à chaque degré de gêne éprouvée.

Il en résulte que lorsqu’une personne se donne du mal pour une mitsva, celle-ci devient chère à ses yeux : elle s’y attache davantage, et s’imprègne plus profondément de sa valeur spirituelle. Ceci apparaît clairement dans les Pirqé Avot (fin du chap.5) : « La récompense est fonction de la peine » – compte tenu du fait que le salaire d’une mitsva n’est autre que le flux spirituel suscité par son accomplissement, celui-ci sera d’autant plus important que les difficultés auront été grandes. Dans cet ordre d’idée, rav ‘Hayim de Volozhin explique (dans la préface du Roua’h ‘Hayim) que la maxime bien connue selon laquelle « la récompense d’une mitsva est la mitsva » signifie que sa réalisation porte en elle-même sa propre rétribution. En conséquence, lorsqu’on s’attache davantage à une mitsva en raison de la peine que l’on s’est donnée pour elle, on multiplie automatiquement sa récompense.

Cet extrait est issu du livre « Lekah Tov » publié par les éditions Jérusalem Publications, avec leur aimable autorisation. Tous droits réservés.

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