Weekly Torah Portion

Toldot. Ce monde-ci : un moyen et non une fin en soi

« ‘Essav dit à Ya’aqov : “Fais-moi avaler, je te prie, du rouge, de ce rouge-là“ » (Béréchit 25,30)

En méditant sur l’épisode de la vente du droit d’aînesse, nous ne manquerons pas de nous étonner de l’attitude de ‘Essav, qui fut prêt à renoncer à cet insigne privilège en contrepartie d’un plat de lentilles ! Nous savons combien ‘Essav respectait ses parents, et il est incontestable qu’il connaissait la valeur des bénédictions, comme l’atteste son indicible souffrance lorsqu’il apprit qu’elles lui avaient été subtilisées. Comment comprendre alors le dédain qu’il manifesta à l’égard du droit d’aînesse ?Rav Eliyahou Lopian, dans son Lev Eliyahou rapporte les explications du Sforno : « “C’est pourquoi on le nomma Edom [le Rouge]“ – Constatant qu’il se vouait outre mesure à des occupations futiles et vaines au point d’être incapable d’identifier un mets, mais seulement sa couleur, on l’appela Edom. “Vends-moi aujourd’hui“ – [Ya’aqov lui dit :] Dans la mesure où tu te livres aujourd’hui à des pratiques qui te fatiguent tellement que tu ne parviens pas à reconnaître ce plat, il est donc certain que tu failliras à tes devoirs d’aîné, à faire le service de D.ieu béni soit-Il, et à te rendre digne de ton rang. »

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Par ces quelques mots, le Sforno révèle l’origine de cette erreur que beaucoup d’hommes commettent. Depuis la malédiction qui frappa Adam et tous ses descendants, l’homme doit pourvoir à sa subsistance à la sueur de son front. Or chez de nombreuses personnes, cette nécessité inéluctable n’a plus le caractère de malédiction ! Au contraire, il s’agit pour elles d’une véritable bénédiction, puisqu’elles se consacrent pleinement à l’accroissement de leurs richesses. Et dans cette course effrénée à la réussite et à l’argent, elles en oublient le but véritable de l’existence.Si l’on se hasarde à leur faire prendre conscience de leur méprise, ces personnes ne manquent pas de rétorquer qu’elles n’ont pas le choix. Inversement, dès qu’on leur demande ce qu’il en sera de leur spiritualité, elles sont subitement animées d’une profonde confiance en D.ieu, et nous assurent sans hésitation que dans ce domaine « D.ieu aidera ! »… D’étape en étape, l’homme risque progressivement de s’enliser dans ces égarements sans même s’en apercevoir, tout en étant convaincu d’agir selon la volonté de la Tora.

Telle fut précisément la réaction de ‘Essav dans notre paracha. Rachi, au nom du Midrach Tan’houma, rapporte que ‘Essav est qualifié de chasseur parce qu’« il trompait son père en lui faisant croire qu’il observait les mitsvot ». A contrario, Ya’aqov était un homme intègre, « chez qui les paroles et les pensées du cœur étaient identiques. » ‘Essav excellait tant et si bien dans l’art de la supercherie qu’il parvint à abuser ses propres parents – des Justes d’une très haute stature, qui pouvaient assurément pénétrer la nature d’un homme en examinant uniquement sa physionomie (‘hokhmat hapartsouf).Mais le plus grand mensonge de ‘Essav était cependant celui qu’il se faisait à lui-même. A ses yeux, il pouvait tout aussi bien devenir chasseur, s’abandonner aux plaisirs de ce monde – et conserver sa part dans le monde futur en honorant ses parents ! Se donnant pour vocation de concilier ces deux mondes antinomiques, il commit cette grave erreur qui fut à l’origine de sa perte.  Donnant libre cours à ses appétits, il s’y adonna corps et âme pour finalement réduire ses aspirations spirituelles à des mots creux, parlant de piété et de droiture – il dupait son père avec les paroles de sa bouche – que dans son cœur, il rejetait totalement. C’est pourquoi nos Sages (dans Béréchit Rabba) attribuent à ‘Essav le verset de Michlé (26,23) : « Des lèvres brûlantes et un cœur méchant », comme en convient le prophète : « Par sa bouche et ses lèvres il M’honora, mais son cœur en était loin » (Ich’aya 29,13).

Dans cet ordre d’idées, on apprend également dans le Midrach que « les méchants sont livrés à leur cœur, ainsi qu’il est écrit : “’Essav se dit à lui-même : Le temps du deuil de mon père approche, je ferai ensuite périr mon frère Ya’aqov“ (Béréchit 27,41). En d’autres termes, bien que l’esprit de ‘Essav ne puisse accepter l’idée de tuer Ya’aqov, son cœur lui en dictait cependant l’ordre. A cet égard, le Zohar nous révèle que si la tête de ‘Essav fut enterrée auprès de son frère dans la grotte de Makhpéla, c’est parce que son esprit possédait un potentiel très élevé, auquel son cœur cependant n’avait pas accès.

Cet extrait est issu du livre « Lekah Tov » publié par les éditions Jérusalem Publications, avec leur aimable autorisation. Tous droits réservés.

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