Est-on obligé de donner à ses parents une chose promise déjà à quelqu'un d'autre ?

02.07.19

Question

Question : Chalom, la semaine dernière, je suis partie faire mes courses au supermarché. Quand je suis revenue, j'ai rencontré ma voisine. Elle avait besoin d'un paquet de farine, je venais d'en acheter, et j'en avais un de trop, je lui ai dit que j'allais le lui descendre. Quand j'arrive chez moi, ma mère, qui n'habite pas loin de chez moi, me téléphone et me demande…si je n'ai pas un kilo de farine en plus à lui envoyer. A la vérité, je ne savais pas trop quoi faire. Heureusement, je connais ma mère et je lui ai dit la vérité, et comme je l'avais prévu, elle m'a dit qu'elle se débrouillerait et qu'au contraire, il valait mieux aider ma voisine. Peut-être que j'ai mal fait et j'aurais dû lui donner sans rien lui dire ?
 

Answer

Réponse : Chalom ouvrakha, votre question est extrêmement intéressante. En fait, il faut savoir, jusqu'où va le devoir de respecter ses parents et savoir si vous devez absolument honorer votre promesse à votre voisine ou non ?
Tout d'abord, il faut savoir que le Choulh'an Aroukh (Yoré Déa, 258, 112) écrit que celui qui promet un don à un pauvre, cela est considéré comme un vœu et il faut absolument le lui donner. Il en résulte donc que si votre voisine est dans le besoin, il faudra le lui donner à elle et pas à votre mère.

Si par contre, elle n'est pas nécessiteuse, ne peut-on pas considérer que la proposition de lui donner cette farine est comme une sorte d'engagement auprès d'elle, et on sera obligé de le lui donner. Le Ya'abets ramène les Tossafotes (Kétoubot 102a) qui disent que certaines choses peuvent se faire acquérir seulement avec la parole. Ainsi, celui qui promet de donner un cadeau qui n'est pas de grande valeur, peut être considéré comme appartenant déjà à l'autre. Cependant, Rabbi Akiva Eigger dans ses notes sur le Choulh'an Aroukh ci-dessus rapporte que si on a promis un cadeau
à quelqu'un et que c'est de peu de
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            valeur, on sera tenu de le faire, mais si le donateur est décédé avant de donner, les héritiers ne sont pas obligés de donner la chose. On voit donc que bien qu'on doit tenir sa parole, ce n'est pas comme si que la chose est acquise à ce bénéficiaire. Le Ya'abets explique que ce n'est pas tout à fait un acte d'acquisition irrévocable, mais plutôt comme ce que dit le Choulh'an Aroukh (H'ochen Michpat, 204, 8), qu'on n'a pas le droit de changer d'avis, afin que son "oui" (son accord) soit toujours vrai comme il est dit dans parachat Ki Tétsé (25, 15) que l'on doit posséder uniquement des mesures justes pour ne pas en venir, h'ass véchalom, à tromper les gens.

Il en ressort que si l'on considère que c'est comme un acte d'acquisition, il n'y a pas de doute qu'il n'y a pas lieu de donner la farine à sa mère puisque c'est comme s'il avait déjà été donné, et c'est comme si elle ne l'avait plus. Maintenant, si l'on pense que c'est un problème de tenir la promesse, il faut tenir compte de ce qu'écrit le Rama (H'ochen Michpat, 204, 11) que s'il y a eût un changement de prix entre avant une promesse de vente et après, on peut changer d'avis, s'il n'y a pas eût d'acquisition effective. On peut considérer la demande de la mère comme un changement de prix. Car maintenant, ce paquet de farine a la faculté de réaliser grâce à lui la mitsva d'honorer ses parents. De plus, le H'atam Soffer dans ses Chéélot outchouvot (102) rapporte que si quelqu'un s''est mis d'accord avec un vendeur de lui acheter un objet, il se doit de lui acheter. Seulement, si le potentiel acheteur se rend compte qu'une personne le lui a offert, et donc il n'en a plus besoin. Il peut revenir sur sa promesse, car tout changement d'avis qui aurait pu avoir au moment de l'engagement, est défini comme s'il y avait eût changement de prix. Ceci même si cela n'entraîne pas de pertes financières. On voit bien qu'on n'est pas tenu de tenir sa parole dans le cas de changement de données, comme dans notre cas, que de savoir que sa mère en a aussi besoin.

En conclusion, quand on a promis de donner un objet à quelqu'un, il faut savoir si cette personne est dans le besoin, car si c'est le cas c'est comme si on avait fait un vœu et il convient de le tenir. On devra le donner même si un de nos parents en a besoin.
Sinon, si c'est une personne qui n'est pas pauvre, même si la parole qu'on a dite concerne un objet de peu de valeur, et qu'un de nos parents en a besoin, il faudra le donner pour accomplir la mitsva d'honorer ses parents.
Dans votre cas, tout dépendra de savoir si la personne à qui vous avez promis le paquet de farine, est dans le besoin, vous devrez lui donner et pas le laisser pour votre mère. Si ce n'est pas une nécessiteuse, il faudra le donner à votre mère.
Béatslah'a et kol touv !

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